Evreux : la crise touche aussi les organisations caritatives

SOLIDARITE. En cette fin d'année difficile, les organisations caritatives doivent faire face à une recrudescence du nombre de bénéficiaires et à un manque de bénévoles. Enquête.

Evreux : la crise touche aussi les organisations caritatives
29/12/2011

Le monde associatif est en effervescence pendant les fêtes de fin d'année. La crise économique a durement touché le marché de l'emploi dans le département avec un taux de chômage à 9,8 % au dernier trimestre 2011, soit 2 points de plus qu'à la même période en 2008.

Plus de sept cent trente personnes en 2011

« On fait face à une augmentation du nombre de gens en énorme difficulté. Les jeunes sont de plus en plus précarisés, de même que les chômeurs qui peinent à retrouver du travail », explique Monique Lefrançois, secrétaire générale du comité du Secours populaire de Gravigny. Pendant le seul mois de décembre, vingt-cinq familles supplémentaires se sont présentées au comité pour pouvoir acheter des denrées de première nécessité et bénéficier de l'aide de l'association, s'ajoutant aux deux cent dix-sept déjà inscrites à Evreux.
Aux Restos du cœur, même constat : l'association de Coluche a vu le nombre de ses bénéficiaires augmenter de 14 % en 2011. Plus de sept cent trente personnes (soit 270 familles) sont ainsi allées chercher repas chauds et produits de première nécessité dans les Restos ébroïciens cette année. Les locaux de La Madeleine, fournis par la mairie d'Evreux, sont victimes de ce triste « succès ». « On manque de place, regrette une bénévole. La mairie essaye de racheter des locaux pour que l'on puisse s'agrandir », pour répondre à cette demande croissante.
Quant aux Restos Chauds, qui servent des repas tous les midis en semaine à tous ceux qui s'y présentent, rue de Pannette, ils vont devoir déménager après la décision de la mairie de détruire, dès 2013, les bâtiments jugés vétustes. Elle y construira notamment des appartements. Manque de place, manque de bénévoles aussi, regrette Marie-Thérèse Gauzente, secrétaire de la Banque alimentaire de l'Eure. « Ils se renouvellent peu. Il y a un manque d'engagement de la part des jeunes : on est allé communiquer à l'IUT, au lycée Notre-Dame, à l'Ifsi, sans aucun retour à ce jour. » Dans certaines associations, la traditionnelle collecte de denrées alimentaires de novembre n'a pas pu être organisée faute de volontaires pour l'encadrer.
D'où un appel unanime aux bonnes volontés, comme le rappelle Véronique Rigault, des Restos du cœur : « Sans bénévoles l'esprit des Restos n'existe plus. Chacun vient avec le temps qu'il peut nous consacrer, ça peut être un après-midi par semaine, voire juste une journée dans l'année pour la collecte nationale. C'est déjà une aide très importante. » Entre le rangement et le transport des marchandises, la distribution des repas, l'accueil et l'aide aux personnes (cours de langues, ateliers coiffure, accompagnement des jeunes parents…), le travail ne manque pas.
Et en 2012 sans doute encore plus que d'habitude.

Financement

La municipalité subventionne les associations dédiées à la solidarité et aux temps de la vie à hauteur de 212 000 € pour 2012, une somme équivalente à celle de l'année précédente. Une constance qui se heurte à d'autres variables plus alarmantes, avec notamment la montée du chômage dans l'Eure (+0,2 point au troisième trimestre 2011), source de paupérisation et donc d'une demande croissante aux associations d'aide alimentaire. Ces dernières, la Fédération française des Banques alimentaires (FFBA) en tête, redoutent également la suppression du Programme européen d'aide aux plus démunis prévue pour fin 2013. Une véritable épée de Damoclès pour la FFBA dont 41 % des denrées proviennent de l'aide directe de l'Etat et de l'UE. Le reste des produits est collecté auprès des industriels agroalimentaires et de la grande distribution (38 %) et des particuliers (20 %).

 

 

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